Comme habituellement après une nuit de travail, je m’installais ce matin dans mon fauteuil pour y dévorer la presse locale, tout en sirotant un café bien chaud. Pour une fois, les nouvelles, loin de dresser un portrait pessimiste de la société actuelle, m’ont permis quelques éclats de rire. Tout ceci grâce à l’article consacré au bilan de la vidéosurveillance, dressé par le maire adjoint à la sécurité, Jacques Beaujean.
Faisons ensemble une rapide relecture.
Tout d’abord, affiché en titre, la vidéo protection (oui ! ce n’est plus vidéosurveillance ! Le lexique est si important.) a « un réel effet dissuasif ». Fier de son explication, l’adjoint clame que l’effet de la vidéo protection sur la délinquance est « […] difficilement quantifiable mais il y a un réel effet dissuasif ». Il faut que quelqu’un m’explique comment peut-on trouver à la vidéo un effet réel, donc concret, donc définissable tout en étant non quantifiable, donc non mesurable, donc indéfinissable. C’est digne des blagues carambar !
Deuxième affirmation de l’adjoint à la sécurité, c’est que « l’effet [sur] les incivilités est plus visibles ». Il donne pour preuve qu’ « on recense moins de dégradations autour du parking de la place des Martyrs ». Certes nous pouvons nous en féliciter, mais la baisse des dégradations n’a rien à voir avec le fait qu’il y ait moins de voitures dans ce secteur, à cause des zones bleues ! En effet, si les objets de vandalismes sont moins nombreux, il parait normal que leurs dégradations soient elles aussi moins nombreuses.
Le clou de ce premier paragraphe est le passage où M. Beaujean explique que les « personnes mal intentionnées vont commettre leurs méfaits ailleurs ». C’est précisément un des arguments que j’avais utilisé lors des débats sur l’installation de la vidéosurveillance. En effet, m’appuyant sur les résultats de la ville de Londres, ville européenne à la pointe de la vidéosurveillance, j’avais déclaré que la vidéo ne réduisait pas la criminalité, elle ne faisait que la déplacer. Argument balayé d’un revers de main à l’époque par la majorité. Preuve en est, que 2012 est bien l’année du changement, vu que la majorité reprend les déclarations de l’opposition. Mais la solution à ce problème est toute trouvée, on va installer de nouvelles caméras. Youpi !
Il reste encore quelques points drôles, et cela concerne le coût ! Le maire adjoint annonce le chiffre de 400 000€, ramené à 110 000€ pour la ville, une fois déduites les subventions accordées par l’Etat. Or si mes souvenirs sont bons, et je n’ai malheureusement pas le temps de vérifier dans mes documents ; il me semble que le coût estimé de cet investissement était de 550 000€, pour des subventions d’environ 360 000€. Comme cela reste flou, je ne vais pas contredire notre ex-gendarme. Non.
Le plus comique se base sur l’entretien de ce matériel, qui pour l’heure ne pose aucun problème vu que « la garantie fonctionne ». Cela veut donc dire, que la ville sait que la garantie fonctionne. Autrement dit qu’elle a eu recours à cette fameuse garantie ? Et que donc ce matériel qui date de moins d’un an a déjà eu quelques soucis logistiques ? Avouons que cela est très comique, non ?
Peut-être est-ce mon esprit fatigué après plus de douze heures de travail qui a rendu cet article si comique ? Mais une chose est sure, c’est que cet investissement n’a pas été un bon investissement, comme se plait à le rappeler le maire, car il entraine un coût d’entretien élevé sur le long terme (chiffres de Scotland Yard, of course) pour un résultat plus que mitigé.
